YouTube dans le débat politique
Innovation politique
ou artifice télévisuel ? Le 23 juillet prochain, les huit candidats démocrates
américains vont participer au premier débat-vidéo organisé lors d'une campagne
présidentielle. Associés à cette démarche inédite, CNN et YouTube proposent aux
internautes d'interroger Hillary Clinton ou Barack Obama en utilisant toutes les
images ou procédés vidéos imaginables. Risqué ?L'univers policé de la politique est-il compatible avec l'impertinence de la cyberculture? Les internautes - qui s'érigent souvent en contre-pouvoir - peuvent-ils venir à bout de la langue de bois à la télévision? C'est ce que tenteront de savoir CNN et le site internet YouTube le 23 juillet prochain, à l'occasion d'un nouveau débat télévisé réunissant les huit candidats démocrates à l'investiture pour l'élection présidentielle américaine, à Charleston, en Caroline du Sud.
Pour la première fois, les candidats - dont Hillary Clinton, Barack Obama, John Edwards, ou Wesley Clark - devront répondre à des questions-vidéos, réalisées et envoyées par les téléspectateurs, via YouTube. Ce site, racheté par Google fin 2006, compte parmi les plus fréquentés au monde, avec quelque 30,5 millions de visiteurs uniques par mois. L'animateur Anderson Cooper jouera le modérateur. Il a déjà appelé sur CNN les téléspectateurs à être "créatifs".
"Des questions sur la guerre en Irak avec des images de funérailles d'un soldat"
"Le format vidéo ouvre la porte à l'originalité et à la spontanéité, généralement bannis de l'environnement très contrôlé des campagnes présidentielles", souligne l'International Herald Tribune (14/06/07), qui évoque même une "nouvelle ère" à propos de cette "YouTube election". Et le quotidien américain d'imaginer un "étudiant en jeans et tee-shirt" interpellant les politiques en costume-cravate et tailleur strict: "Peut-être les questionnera-t-il sur la guerre en Irak, en montrant des images de funérailles d'un soldat. Ou un champignon atomique. Si le sujet est le réchauffement climatique, le vidéaste pourrait se mettre en scène au sommet d'un glacier qui fond..." Selon Mike Gehrke, directeur des études au Parti démocrate, qui a autorisé l'expérience, il s'agit d'"une des plus importantes innovations jamais vues en politique". "Comme lorsqu'on a marié le son et l'image au cinéma dans les années 1920... sauf que cette fois-ci on a l'interactivité et la couleur", s'enthousiasme Bill Burton, le porte-parole de Barack Obama, réputé être le candidat le plus en pointe sur Internet.
En France, les élections présidentielle et législatives qui viennent de s'achever ont été l'occasion de timides rapprochements entre la télévision et le web. Google Video et France 2, par exemple, se sont associés le temps de la campagne. "Le groupe France Télévisions ouvrira largement ses antennes aux vidéos auto-produites sur le net pour nourrir le dialogue avec les téléspectateurs internautes", claironnait un communiqué en janvier dernier. Dans les faits, la cyber-déferlante n'a pas eu lieu sur les petits écrans français. Rien de révolutionnaire, à part peut-être quelques questions sagement posées face caméra, sans montage ni animation appuyant le propos.
"En France, les idéologies sont plus fortes que les images"
D'ailleurs, selon le sociologue Dominique Wolton, interrogé par leJDD.fr (voir à lire aussi), l'initiative est difficilement importable dans notre pays: "On peut l'imaginer en France, mais elle se heurtera aux infrastructures idéologiques, plus implantées ici qu'aux Etats-Unis. On le voit déjà avec les blogs politiques. En France, les idéologies sont plus fortes que les images."
L'opération CNN-YouTube glissera-t-elle vers l'irrévérence et l'esprit subversif propres à internet - comme en témoignent les vidéos qui font fureur sur YouTube ou sur DailyMotion: Patrick Devedjian qui lâche le mot "salope", Nicolas Sarkozy "guilleret" au G8, Ségolène Royal et les 35h dans l'Education nationale...? Les organisateurs du débat CNN-YouTube oseront-ils confronter des images dérangeantes aux puissants candidats? En tout cas, ils misent clairement sur l'effet positif qui devrait résulter de leur innovation: le rajeunissement de l'audience des programmes politiques. Une urgence quand on sait que l'âge moyen des téléspectateurs des cinq précédents débats dépassait les 55 ans. Lors de la dernière élection présidentielle américaine, en 2004, seulement 49% des 18-29 ans ont déposé un bulletin de vote dans l'urne. Les internautes "poils à gratter" ont une mission: réinventer la démocratie participative.









